
Toute histoire a un début, toute
histoire a un prologue. Celle-ci n’échappe pas à la règle.
C’est l’histoire du monde mais aussi mon histoire. Elle
débute donc le 19 juin 302 de la nouvelle ère, jour de ma
naissance. Quant au prologue de mon histoire, cela demande un peu
plus d’explications…
Je m’appelle Ebène Stanley, j’ai
dix huit ans…
Enfant je rentrais dans le moule préfabriqué
de tous les enfants du pays. Sage, curieuse, aimable et normale.
Tout a fait banale en somme. Je n’étais pas très jolie comme
mon amie Autumn, les cheveux noirs et les yeux bleu, un petit nez
des pommettes saillantes qui avec le temps allaient
s’effacer, un menton pointu et arrogant. J’avais un
prénom pas vraiment commun, mais qui avait été le seul choix
officiel que mes parents avaient pu prendre depuis leur
mariage : mon prénom, Ebène.
Ma vie était telle qu’il en avait été
décidé, des parents haut placés au sein du gouvernement, présents
en de rares occasions pour leur unique fille, et présent souvent
dans l’appartement familiale ou plus exactement dans la
grande pièce interdite. Ma nounou Ombeline Tuffaut, une jeune femme
de l’Etat de France était quant à elle tous les jours de la
semaine et à n’importe quelle heure de la journée et de la
nuit à ma disposition. En tant que fille unique je me sentais
plutôt seule. Gâtée, mais seule. Et puis j’avais rencontré
Autumn, une grande fillette blonde élancée, au trait plutôt
harmonieux, les yeux brillant d’une étrange lueur violette.
Intelligente et extravertie, une petite rebelle qui arrivait
admirablement à se faire passer pour une fillette banale qui ne
ferait jamais, Ô grand jamais, un pas de
travers.
J’étais donc le stéréotype voulu de
notre chère société.
En grandissant j’avais changé… en
atteignant l’âge de raison. Un peu plus tôt même. Je devais
avoir huit ans… J’avais changé en prenant peu à peu se
même don qu’avait ma meilleure amie, celui de paraître ce que
l’on est pas.
Flash-back
[narrateur
externe pour les flash-back]
-Maman ? Mamaaaan, où est-ce que
t’es ? La voix d’Ebène résonnait dans le silence
de cette grande maison.
Cette grande maison si familière.
Une maison de vacances, avec un jardin de
plusieurs hectares. Un jardin avec de nombreuses plantations :
des arbres de tous les pays, des cocotiers, des chênes, des lilas,
des arbres fruitiers… Chacun projetant son ombre sur de
petites terrasses disséminées un peu partout, séparées par des
murets, des haies, des arbustes fleuris ou non. Des parterre de
fleures encadraient de grandes sculptures, une plante en pot ou une
fontaine à l’entrée de la maison. Les couleurs se
mélangeaient dans un somptueux mélange : du cian, du lilas, du
fushia, du rouge de chine, du blanc, du vert pin, vert mousse, du
marron, sur les troncs clair, foncé, de l’ébène…
C’était le jardin du paradis disait Ombeline.
-Ebène ! Viens là ! Viens ici !
Tout de suite !
-Papa ? Demandait la fillette. Tu joues à
cache-cache papa ?
La voix fluette de la petite fille résonnait
si bien dans cette maison calme. Alors que son père regardait de
tous les côtés, d’un air apeuré et faché à la fois. Comme ce
garçon qu’elle avait vu voler une pomme sur le marché, ou
alors peut-être était-ce comme ce vieillard qui mendiait dans sa
rue sans cesser de répéter « étudies ! Et mon cul
c’est du boudin ? ».
-Chuuuut ! Viens ici ! Oui ! On
joue à cache-cache…
Jamais le sourire d’Ébène n’avait
été aussi beau aussi éclatant ce jour là. Parce que jamais elle ne
pouvait jouer avec son papa. Jamais, parce qu’ils
travaillaient trop lui et sa mère et quand ils étaient à la maison
ils s’enfermaient dans la pièce interdite dans leur
appartement en ville pour n’en sortir que lors du coucher
pour embrasser leur fille, leur seul enfant, comme cela avait été
décidé…
Le père pris Ébène par la main,
l’entraînant vite vers l’escalier.
-On va où ? Maman aussi elle joue ?
demanda dans un murmure la fillette lorsqu’ils passèrent
devant la porte entrouverte du bureau.
-Maman ne joue plus… maman ne jouera
jamais plus.
Peu à peu le rêve de cette maison si claire si
brillante, ce temple de la sérénité et du bonheur se transforma en
un long escalier, puis une échelle affreusement longue, et enfin un
grenier, un grenier sombre, moche, dégoutant et froid. Le rêve se
transforma en cauchemars. Ce jour là fut le dernier de Aurore
Stanley. Le dernier sourire de sa fille Ebène s’était effacé
à la vue de cette échelle. Et les premières larmes de souffrance
étaient apparues sur le visage de son père, Antony Stanley.
Fin du
flash-back
C’était le 30 septembre 310 de la
nouvelle ère. Le jour funeste de la répression contre les opposant
au régime, les Antis comme on les appelle. Ma mère était une de
ceux qui se sont fait massacrés ce jour la. La plus grande mission
d’extermination de la Makina à ce jour.
Je m’appelle Ebène Stanley, j’ai
dix huit ans et demain sera un grand jour. Demain sera le jour le
plus attendus de l’année pour la Makina. De nouveaux petits
soldats.
Ce sera le Children’s Day.
à suivre
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